Suture
2013 - 2016

Diptyques : Autoportraits et bois flottés.

J'ai commencé cette série il y a plusieurs années, sans savoir où elle me mènerait. Au début je photographie de simples traces sur mon corps, ainsi que des instants plus vides, des entre-deux. Avec les années, cette série est allé de plus en plus vers la représentation de mes douleurs, physiques ou mentales.

J'ai continué cette série pour me dire "tout finit par passer". J'avais besoin de faire la suture entre mes douleurs très présentes et le futur où je ne les ressentirai plus. Suture entre mon corps vivant et souffrant, ce qu'il sera plus tard quand les cicatrices s'en iront, et encore plus tard quand mon corps nourrira la terre. J'ai cherché à tordre cette temporalité linéaire dans tous les sens, par l'ambiguïté temporelle de la photo, l'art de la trace : quelque chose qui n'est plus mais qui est encore là. J'ai eu l'impression de continuer le même processus en me coupant qu'en photographiant.

J'ai fini par préférer la photographie à la blessure pour exprimer ce qui remue en moi, ce que je n'arrive pas à dire. Car elle me permet de montrer ma douleur en des termes que je choisis. J'ai pu apporter de la douceur et de la bienveillance à ces blessures en les photographiant et en les confrontant à des morceaux de bois flottés, morts et marqués par l'érosion, mais si lisses et beaux tels qu'ils sont maintenant. J'avais besoin de me regarder autrement, et le diptyque est vraiment devenu un automatisme pour moi. Je pensais toujours mon corps en le comparant à ces bois. J'y puisais ma force, j'explorais mes faiblesses à la recherche de résilience tout en acceptant le fait que je ne serai plus jamais comme avant. "Tout finit par passer" mais laisse toujours une trace, visible ou non. J'ai donc voulu embrasser cette souffrance, montrer ces traces, afin de permettre à d'autres d'accepter leur faiblesse comme quelque chose qui fait parti de soi et nous définit.

Cette série ne pourrait pas fonctionner sans l'empathie du spectateur. Voir quelqu'un souffrir nous fait du mal, cela nous ramène à ce qu'on a pu vivre de similaire, on cherche dans ses souvenir des expériences communes. Je pense que j'ai cherché de l'empathie en montrant ses images. J'ai voulu, moi aussi, dire aux autres que tout finit par passer et que de chaque douleur il restera une trace que l'on trouvera belle et qui finira par faire sens.



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